Anne-Laure Peytavin

Smart City: "C'est toujours une mauvaise idée de parier contre New York"

Impact

25 mars 2022

4 minutes

Par un mercredi soir pluvieux et glacial, les invités ont dû braver les éléments pour rejoindre le premier rendez-vous des Leaders Series de FrenchFounders, mais ils sont quand même venus nombreux. Notamment car le thème de la soirée était à la fois optimiste et intrigant, après deux ans de pandémie qui ont bouleversé notre quotidien: « Comment New York est-elle en train de devenir la plus smart city du monde ? ».

Une soixantaine de membres de la communauté FrenchFounders se sont réunis au 45e étage des bureaux du BCG à Hudson Yards, non pas pour la vue imprenable - le ciel était très nuageux - mais pour la qualité des intervenants sur ce sujet d’actualité : Anthony McCord, Chief Transformation Officer au MTA (Metropolitan Transportation Authority, l’autorité publique responsable des transports de New York), et Jérôme Barth, Président de l’Association de la Cinquième Avenue - 5th Ave (l’association des marques de la rue iconique new-yorkaise, née en 1907). La discussion était animée par l’enthousiaste Midori Valdivia, COO de Coro New York (une organisation de formation en leadership civique et à but non lucratif).

L’impact de la pandémie à New York

La discussion a commencé par une question simple : comment la pandémie a-t-elle changé New York ? Pour Anthony McCord, la crise du Covid n’a fait qu’accélérer des tendances qui étaient déjà en marche, par exemple des familles contraintes de déménager en banlieue à cause du coût de la vie. Pour cette raison, il sera intéressant de voir comment New York se compare à d’autres villes, mais pour l’exécutif du MTA, New York a prouvé sa résilience dans le passé et “continuera d’être la ville prééminente du monde”. Jerome précise que la ville doit redéfinir sa proposition de valeur, les New-Yorkais doivent s’impliquer pour améliorer leurs conditions de vie, et ne réalisent pas toujours que les banlieues ont constamment gagné en traction par rapport au centre depuis plusieurs années. C’est pourquoi il est si important que le nouveau maire, Eric Adams, regarde au-delà des cinq arrondissements de la ville et veille à ce que la proposition de valeur reste forte dans tout New York et sa banlieue.

Le retour du commerce de détail et du trafic client

New York a de nouveaux concurrents comme Miami et doit travailler son attractivité, notamment sur sa fiscalité. Mais l’immobilier représente aussi une «rente économique» que les gens peuvent capter à New York.
En ce qui concerne le commerce de détail (le retail), Jérôme a analysé que la ville a suivi la tendance nationale : les commerces qui ont survécu se portent bien et ceux qui n’ont pas survécu sont rapidement remplacés par de nouveaux. Le trafic revient pour cet expert de la Cinquième Avenue : “j’ai commandé le dernier sandwich du petit magasin proche de mon bureau pour le déjeuner aujourd’hui, ils ne s’attendaient pas à une si forte demande”. Et cela ne devrait que s’améliorer avec le retour des voyageurs européens, enfin.

L’éducation : le mal de tête New Yorkais

Un autre défi important pour New York concerne l’éducation, qui a été la principale raison de départ pour les familles qui n’ont pas assez de ressources. New York a un très large système scolaire autogéré qui est en crise depuis des décennies. Midori, qui a un enfant d’un an, explique: “en tant que maman qui travaille, je ne peux pas croire que je regarde déjà fébrilement les loteries scolaires pour mon tout-petit !” Pour Anthony, le constat est assez clair : New York doit se comparer aux autres villes, et réaliser que les services publics pourraient faire beaucoup mieux. Son message aux membres FrenchFounders a été très clair : “Vous devez être très transparents sur les raisons pour lesquelles vous venez à New York et pourquoi vous pourriez en partir, puis transmettre ce message à vos élus et dirigeants afin qu’ils puissent faire le maximum pour votre bien-être”. Jerome a abondé dans son sens, et a rappelé que l’Association de la Cinquième Avenue est née d’une prise de conscience collective du besoin de réfléchir ensemble au futur du quartier, car « les dirigeants élus n’ont aucune idée de qui nous sommes, ils se concentrent sur la collecte de fonds plus que sur l’analyse des besoins, il est donc fondamental d’aller à leur rencontre et leur dire ce qui est important pour nous ».

“A distance” ou “retour au bureau”, le nouveau paradigme

La conversation a ensuite évolué vers la numérisation de l’espace de travail, qui n’a fait que s’accélérer avec la pandémie. Désormais, les entreprises doivent jongler avec les politiques de travail “retour au bureau” ou “à distance”. Pour Anthony, être de retour au bureau doit s’aligner avec ce que la proximité apporte à notre travail, collaborer et partager notre façon de faire avec nos collègues et en particulier la prochaine génération. Le travail à distance a été efficace pour les dirigeants du MTA car ils avaient établi au préalable une relation de confiance avec leurs salariés, qui aurait été impossible à créer virtuellement.

Changement climatique : “Stop aux voitures”

L’intérêt de cet événement était également de dialoguer avec les invités, et les questions-réponses ont été animées. Charlotte Hausemer de BNP Paribas a soulevé le sujet du changement climatique. “Stop aux voitures”, a répondu Anthony sans hésiter. “Chaque fois que nous rendons une ville plus vivable, nous agissons pour l’environnement”, confirme Jérôme. Christophe Lemaire, président d’Eramet Americas, s’est interrogé sur les enjeux de la modernisation du métro new-yorkais. Anthony a souligné le travail qui a été fait pour optimiser le transport récemment, grâce à la baisse de l’achalandage. Le MTA a identifié 150 stations de métro à rénover, a rendu plusieurs lignes plus rapides et plafonné les trajets individuels à 32 dollars par semaine, le prix du pass hebdomadaire. Il a également souligné la nécessité de faire du système de transport un «espace sûr» pour tous. Un débat ouvert à ce stade : rendre la mobilité plus équitable et accessible, ce qui signifie réparer les inégalités en proposant des tarifs gratuits à ceux qui en ont besoin, à l’image de ce que la ville de Los Angeles s’emploie à faire en ce moment. La ville de New York a bien offert des trajets en bus gratuits pendant la pandémie, mais une baisse de 1 % du budget de fonctionnement de la MTA (18 milliards de dollars par an) impliquerait une baisse de 5 % du trafic bus, de 8 % du trafic métros, 10 % du trafic trains de banlieue ce qui n’est pas envisageable. Cette industrie a des coûts fixes très importants et a besoin de revenus réguliers. Concernant l’équilibrage du budget MTA, un membre du public a suggéré : pourquoi ne pas faire du mining de bitcoins ?!

Pour les intervenants, un point est clair : New York doit se réinventer, et la crise du Covid peut être un formidable catalyseur de cette révolution. Pour Jérôme, “c’est toujours une mauvaise idée de parier contre New York”. Les gens sont plus pragmatiques et orientés vers des solutions, ce qui signifie que nous en sortirons plus compétitifs. “L’avenir est prometteur et l’esprit d’entreprise est toujours là”, conclut Midori. La salle remplie de new-yorkais d’adoption était bien de cet avis.

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