Arnaud Lacourt
Photo de Nicolas Brusson

Arnaud Lacourt

Founder

Arnaud Lacourt, Co-Founder & CEO de Ubees

Ubees emploie les technologies de pointe pour développer la pollinisation de cultures par les abeilles aux Etats-Unis

Quel est ton parcours ?

J’ai toujours été entrepreneur : avec mon premier associé, nous avons créé une première société en informatique en 1993, spécialisée en cybersécurité (Boreal Communication), que nous avons vendue en 1999 à un groupe en fusionnant les 2 structures. Puis j’ai introduit le groupe en bourse en 2000 par une IPO. Cela a été une opération financièrement réussie, avec un CA d’environ 150 millions !
En 2002, avec le même associé, nous avons fondé la société Carlipa (logiciel de contrôle du contenu digital pour le retail). J’ai développé l’activité du groupe durant 3 ans en Chine - c’est d’ailleurs là que j’ai rencontré FrenchFounders. Nous avons ensuite fait un LBO sur le groupe.

Parallèlement à cela, en 2010, je me suis intéressé au sujet de la disparition des abeilles. Les abeilles sont un pollinisateur important de la filière fruits et légumes (env. 30% de notre alimentation est pollinisée grâce à elles). Leur disparition est donc un sujet à la fois écologique mais aussi de sécurité alimentaire. J’ai trouvé que c’était un milieu très fragmenté et assez peu industrialisé, et qu’il existait peu de recherche appliquée.

J’ai créé la société Apiterra dans le domaine de l’élevage d’abeilles. Nous avons reproduit des essaims et nous les avons commercialisés pour des groupes corporate. Nous avons fait ce que l’on appelle le « urban beekeeping », c’est-à-dire le fait de placer des abeilles en ville. Nous avons placé 500 ruches dans des entreprises parisiennes. Nous avons fait baisser le taux de mortalité de nos abeilles à 15% env. (le taux actuel en France étant autour de 35%). Désormais, Apiterra est présent un peu partout en France et en Belgique. 

Quel est ton business et ton rôle chez Ubees ?

Je suis arrivé à New York il y a 2 ans, et avec Jean-Charles Morisseau, j’ai co-fondé une société locale : Ubees. Le but était d’appliquer nos connaissances apicoles dans le domaine agricole, afin de développer la pollinisation de cultures à grande échelle. La pollinisation par les abeilles et la filière miel sont un très gros marché aux Etats-Unis : il représente 1 milliard de dollars env.

Cependant, il y a une pénurie d’abeilles aux Etats-Unis, et leur taux de mortalité est très élevé : la culture américaine est intensive et il y a beaucoup de pesticides. Nous avons alors décidé d’acheter des structures d’apiculteurs existantes, de les fusionner et de les transformer grâce à ce que nous avions appris en France (l’usage des technologies, des capteurs dans les ruches, un management structurel plus moderne, une gestion plus centralisée, etc.). Finalement, nous essayons de réaliser la transformation que les apiculteurs actuels n’ont pas encore faite : placer les ruches aux bons endroits, utiliser les technologies de pointe, trouver des terrains “organiques” pour y placer les ruches…

Nous sommes 2 associés-fondateurs, mon associé est Président de la société et je suis le CEO. Nous avons une Directrice Financière ainsi qu’une équipe scientifique que nous avons recrutée à l’université de Californie UC Davis, spécialisée en agriculture.

Ton dernier gros projet ou challenge ?

On s’attaque à un marché très traditionnel, donc le challenge est de faire des fusions-acquisitions dans le domaine des abeilles. Vous ne pouvez pas aller voir une banque d’affaires et dire que vous voulez acheter 10 sociétés dans l’apiculture : personne ne fait et n’a jamais fait ça. (Avant, quand un apiculteur partait à la retraite, il vendait ses actifs sans vraiment vendre son business.). La réalité des choses est qu’il a fallu prendre l’annuaire téléphonique et appeler des gens qui ne nous attendaient pas. L’année dernière, j’ai prospecté de cette façon afin de réaliser des acquisitions. Nous en avons trouvé une, puis deux, puis trois, puis nous avons constitué un dossier d’affaires.

C’est très challenging car les Américains ne comprennent pas que des Français arrivent et veuillent investir dans un domaine agricole, aux Etats-Unis, sur un métier qu’ils trouvent dur... Cela secoue totalement une industrie qui n’était pas du tout prête à ce genre de choses. C’est aussi un challenge de s’attaquer à un marché très différent, et ce, à une échelle plus grande. Désormais, nous avons audité 15 boîtes et nous commençons à bien savoir le faire.

Un ou une business man / woman que tu admires ?

J’aimerais citer une femme mais c’est un homme qui me vient : je dirais Elon Musk, pour le fait qu’il s’engage un sujet écologique très fort comme nous. Nous avons choisi les abeilles parce que c’est un sujet écologique et un sujet de société que j’estime important. Elon Musk investit aussi dans cette idée d’avoir un impact positif sur l’environnement. De plus, il se lance dans des projets fous, de même que se lancer dans les abeilles était un projet fou – ses projets ne sont évidemment pas complètement fous, mais j’admire ce courage de démarrer des projets ambitieux, innovants et inédits.

Ta plus grande réussite ?

Ubees est encore récent pour parler de succès, nous en sommes encore au démarrage, je citerais plutôt mon expérience en Chine. Nous avons démarré un marché de zéro en Chine, et cela me paraissait en théorie beaucoup plus difficile d’accès que les Etats-Unis, en raison de la langue et de la culture différentes notamment. Finalement, au bout de 6 mois, nous avions réussi.

Un moment d’humilité / un échec dont tu as tiré quelque chose ?

Quand j’ai démarré le beekeeping il y a 10 ans, j’ai découvert un monde totalement différent. Nous avions déjà développé deux boîtes avec mon associé, fait une IPO… je pensais tout connaître. Mais je ne connaissais rien aux abeilles et j’ai tout appris de zéro. Il faut avoir l’humilité de se dire que l’on va écouter et apprendre pendant un certain temps… et il m’a fallu des années pour apprendre tout ça !

Travailler avec des gens qui n’ont pas du tout la même culture que nous est particulièrement enrichissant. J’ai découvert une autre forme d’entreprise dans un domaine complètement différent. Je ne vais évidemment pas donner de leçon aux apiculteurs car ils connaissent leur domaine mieux que nous. Il faut apprendre à travailler avec eux en identifiant les domaines sur lesquels les aider, ce n’est pas le domaine de l’apiculture mais ceux de la gestion, du marketing, etc.

Si tu devais donner un conseil aux autres membres FrenchFounders ?

Ils en savent sûrement plus que moi ! 

Je dirais simplement que dans l’aventure entrepreneuriale, les choses prennent plus de temps que ce que l’on imagine au début. Il ne faut pas hésiter à innover et à avoir des projets ambitieux, en revanche, il ne faut pas sous-estimer le temps de transformation qu’il va y avoir dans l’entreprise, dans le marché, etc. Cela peut prendre des années. Par exemple, lorsque l’on a développé notre logiciel dans le digital, cela a mis 5-6 ans à décoller. Maintenant, on essaie de transformer l’apiculture… Cela va mettre 10 ans ! 

Il faut donc aussi avoir des sources de revenus qui permettent de vivre. Ce qui est formidable avec Ubees c’est que nous avons un projet que l’on estime important, avec un sujet de transformation fort notamment avec la technologie du digital, et nous avons à la fois un marché pour vivre tout de suite. Il ne faut pas qu’on crée un marché, il faut qu’on le transforme, et ça c’est plus facile. 

Join Us