Cyprien Grau
Photo de Nicolas Brusson

Cyprien Grau

COO & Co-founder

Cyprien Grau, COO & Co-Founder de Decidata

Decidata propose des solutions technologiques aux marques et aux agences pour lancer des campagnes marketing tous médias

Quel est ton parcours ?

A 18 ans, je suis allé étudier à HEC Montréal où j’ai fait 2 Bachelors, un en mathématiques appliquées et l’autre en finance. Ensuite, j’ai été embauché par Scotiabank pour être trader en dérivés de commodités. J’y ai travaillé pendant 2 ans. Parallèlement, quand j’étais à HEC, j’avais lancé une petite startup de location et sous-location d’appartements pour étudiants étrangers. De retour en France, j’ai fait un Master en économie quantitative à HEC Paris et Polytechnique. En parallèle, j’étais le bras droit du CEO d’une startup, j’ai eu ainsi l’occasion de toucher à de nombreuses verticales du business.

L’un de mes amis de HEC Montréal, Jean-Matthieu, m’avait également parlé de technologies qu’il souhaitait développer, dans l’idée de monter une boîte, et cela m’a beaucoup intéressé. Je suis alors reparti à Montréal pendant 6 mois pour apprendre à coder, puis j’ai rejoint Jean-Matthieu à Mexico City en janvier 2016 pour lancer Decidata.

On a commencé à 2 et aujourd’hui on est 32.

Quel est ton business ?

On se définit comme une entreprise de technologies pour médias et marketing.
Notre mission est de permettre aux marques et aux agences de lancer des campagnes sur tous types d’écrans, via des médias traditionnels ou non.

On a 2 grandes verticales :

  • Médias : opérateurs TV, chaînes TV, broadcasters, etc. auxquels on apporte des solutions technologiques. Par exemple, on a un outil qui permet aux chaînes de vérifier l’exactitude de leur contenu : on vérifie que les publicités qu’elles sont censées diffuser sont bien diffusées, qu’elles ne sont pas coupées, etc.

  • Marketing : la TV programmatique est le gros projet de notre boîte. L’idée est de permettre aux marques et aux agences de lancer des campagnes à la télévision de façon targetée. Cela n’existe pas vraiment pour l’instant. L’idée est que si toi et moi on n’a pas le même profil, et qu’on regarde la télévision en même temps sur la même chaîne, on ne va pas voir la même pub. On a aussi de nombreuses autres solutions pour les marques et les agences, par exemple l’attribution, qui mesure l’effectivité d’un spot TV sur le digital, ou encore le TV Sync, qui permet de synchroniser les pubs sur le digital (Facebook, Google, etc.) avec les pubs à la TV.

Pourquoi avoir lancé la boîte à Mexico City et opérer en Amérique latine ?

Tout d’abord, le marché européen est extrêmement saturé au niveau de l’offre. En Amérique latine, il y a très peu de solutions techniques qui existent sur place, et peu de solutions sont adaptées au marché local. On est le seul acteur à faire ce que l’on fait actuellement en Amérique latine.

Le Mexique, c’est une population de 120 millions de personnes, donc c’est assez gros en termes de volume de campagnes. On est très proche de la Colombie qui est un marché très dynamique, qui souhaite développer de nouvelles technologies et de nouvelles façons de faire du business. C’est très bien pour nous car ça nous permet de faire du testing et de l’itération très rapide sur tous les produits qu’on propose.

Quel est ton rôle chez Decidata ?

Nous sommes 2 co-fondateurs. Jean-Matthieu est le CEO et dirige l’innovation : il apporte et développe les solutions technologiques. De mon côté, je m’assure qu’on ait un business model basé sur les technologies qu’il développe, qu’on ait des produits et qu’on les vende.

Aujourd’hui, on est 32 dans l’équipe, tous basés à Mexico City, à part un vendeur au Brésil, avec la moitié de développeurs et l’autre moitié dans la vente, opérations et admin.

Ton dernier gros projet ou challenge ?

Chaque jour est un challenge !

Par exemple, nous sommes actuellement en train d’implémenter la télévision programmatique chez les 2 plus gros opérateurs TV du Mexique, c’est long et complexe, mais très intéressant !

Un ou une business man / woman que tu admires ?

Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, car la stratégie d’Amazon est absolument brillante. Pour moi, l’écosystème qu’il a créé n’a aucun équivalent aujourd’hui sur le marché. C’est une entreprise qui s’est modularisée. Amazon a créé un système de clients et de fournisseurs en interne – ce qui est courant dans les boîtes – mais là où ils ont été extrêmement forts c’est qu’ils ont décidé que chaque partie de la boîte allait agir comme un module indépendant et allait également pouvoir être client ou fournisseur à l’extérieur.

Par exemple, AWS était au départ les serveurs d’Amazon uniquement. Lorsqu’Amazon a tourné ses serveurs AWS vers l’extérieur, c’est devenu le meilleur service de Cloud qui existe aujourd’hui. De même, Amazon est en train de lancer le Last Mile Delivery (le fait d’apporter le paquet au plus près de la personne). Ils vont désormais ouvrir ce service complètement à l’extérieur pour qu’il y ait d’autres clients qui l’utilisent, ce qui force à être ultra compétitif en interne sur ce service. Ils s’ouvrent ainsi à la compétition mondiale.

C’est la stratégie d’Amazon que l’on essaye de répliquer à notre échelle. Chacun de nos produits est une entreprise à part entière – un business plan à part entière, une façon de le vendre, du business development très spécifique, des coûts spécifiques, etc.

Ta plus grande réussite ?

La levée de fonds que l’on a faite l’année dernière est je dirais mon plus grand accomplissement. Cette levée nous a pris 10 mois, ce qui représente 10 mois de travail très intense. Il s’agissait de 10 investisseurs différents, donc il fallait que tous soient d’accord sur chaque clause d’investissement, etc. De plus, nous n’avions pas énormément de traction à l’époque.                                    

A présent, nous voulons lever 6 millions de dollars à la fin de l’année, donc cet accomplissement va peut-être être dépassé…

Un moment d’humilité / un échec dont tu as tiré quelque chose ?

La levée de fonds fait partie de ces moments d’humilité, parce qu’il y a des moments où je me suis dit que je n’allais pas y arriver, que c’était vraiment très complexe.

Un autre grand moment d’humilité est lorsque je suis arrivé à mon premier cours de macro-économie à Polytechnique. Cela m’a notamment appris 2 choses sur moi-même :
1. Je ne suis pas très bon en maths.
2. Il est temps que je monte ma boîte et que j’arrête de prendre des cours.

Si tu devais donner un conseil aux autres membres FrenchFounders ?

Le premier conseil que je donnerais c’est qu’il faut personnellement avoir du cash en réserve : avoir d’autres sources de revenu ou un matelas suffisamment épais qui permette de survivre à l’aventure de la boîte qui potentiellement ne va pas te payer pendant un moment. Donc avoir des sources de revenu pour pouvoir vivre pendant plusieurs mois voire plusieurs années, si on ne peut pas sortir du cash avec sa boîte.

Le deuxième conseil serait qu’il faut cultiver le réseau. Pour ma part, lorsque je suis arrivé au Mexique, je ne connaissais personne (à part mon co-fondateur). Maintenant, je pense que je connais à peu près tout l’écosystème mexicain (qui n’est pas très grand), et si j’ai besoin d’aide sur un point particulier, je sais exactement à qui demander.

Le troisième conseil que je donnerais est d’être ambitieux : tout projet, quelle que soit sa magnitude, est toujours difficile et complexe à lancer, donc autant avoir un projet très ambitieux pour que cet effort en vaille vraiment la peine.

 

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