S’expatrier sans filets : récit d’un français au Royaume-Uni

Sans emploi ni attaches sentimentales, et une maîtrise de l’anglais modeste, Dany a décidé il y a six ans que c’était le moment parfait pour tenter l’aventure britannique. Une idée simple, en apparence. Mais derrière cette simplicité se cache le début d’une aventure pleine de surprises pour le jeune homme.
Le choc culturel ou comment être lost in translation
Première étape de l’aventure : trouver un travail.
“Je ne dirais pas que j’ai trouvé un emploi directement, mais j’ai été frappé au début de mes recherches par le nombre de réponses et d’appels que je recevais suite à mes candidatures. Mon taux de réponse de la part des employeurs au Royaume-Uni était de 100 % (ne serait-ce que pour un simple appel, un premier entretien ou même un retour négatif), alors qu’il était de 5 % en France” se souvient Dany.
Pourtant, ce ne sont pas les appels qui déboucheront sur un futur emploi pour le jeune homme, mais les réseaux d’expatriés. Une mine d’or pour qui veut des conseils sur comment éviter les pièges de son nouvel environnement.
Partager et s’entraider grâce aux groupes Frenchfounders
C’est grâce à ces groupes qu’il trouve son premier job : un poste dans le recouvrement de créances à Preston (à une heure de Manchester). Un bon début pour s’intégrer et comprendre les rouages du marché du travail britannique.
Mais arrivé dans cette petite ville du nord de l’Angleterre, c’est le premier choc culturel que Dany nous raconte dans une anecdote :
“Avant de quitter la France, je vivais dans un quartier de Marseille assez populaire où on sentait une criminalité liée au trafic de drogue assez présente. Quelques altercations m’avaient appris que regarder quelqu’un dans les yeux était une marque de défi dans une culture méditerranéenne d’une ville d’Europe du Sud. Or je me suis rendu compte, à mes dépens, que regarder dans les yeux (le fameux eye-contact) était une marque de respect fondamentale qui était la base de la communication dans une ville d’Europe du Nord avec une culture plus nordique.”
Le deuxième choc pour Dany qui découvre Preston, est linguistique : “la ville ressemblait assez à Nîmes… petite ville agréable sans prétention mais jeune grâce à une université locale.” Sauf que Nîmes n’avait pas cet accent du nord, si incompréhensible au début, qui rendait chaque conversation avec les locaux plutôt obscur. Dès le début, Dany se retrouve face à un défi de taille : comprendre et se faire comprendre. Les premières semaines sont un mélange de galères et de découvertes. Les pubs deviennent rapidement des lieux de refuge où, au moins, la bière aide à briser la glace (et la barrière de la langue).
Le travail au Royaume-Uni : paradis pour les profils atypiques ?
En étant présent sur ces groupes d’expatriés, Dany a l’occasion d’être alerté sur les offres d’emploi en Angleterre et en Écosse. Après quelques mois, il postule au poste de consultant en recrutement junior francophone à Édimbourg.
“’Consultant en recrutement’ était le poste que je recherchais en France et pour lequel j’avais réalisé des études de psychologie. Malheureusement, ce n’était pas le diplôme que les recruteurs privilégiaient en France. N’ayant pas de très hautes attentes quant à mes chances de succès, j’avais tout de même postulé pour continuer à m’entraîner à l’exercice de l’entretien d’embauche en anglais”
Une chance pour Dany, car au Royaume-Uni, les diplômes ne sont pas le Graal qu’ils représentent souvent en France.
“La première chose qui m’a frappé, une fois arrivé ici, a été le peu d’importance accordé aux parcours académiques. En dehors de certaines professions particulières (secteur juridique, comptabilité ou secteur médical), les employeurs britanniques accordent très peu d’importance aux diplômes et aux parcours. Dans mon premier emploi à Édimbourg comme consultant en recrutement, ce n’était pas un critère. J’étais surmotivé ? Ça leur suffisait. Il convient également de préciser que l’accès aux études universitaires au Royaume-Uni est moins facile qu’en France car les frais de scolarité sont extrêmement élevés… Les études n’étant pas facilement accessibles à toutes et à tous, les employeurs ne peuvent avoir d’attentes élevées sur ce prérequis pour certains emplois non-spécialisées.”
Cette approche se traduit par une tolérance et une ouverture au risque que l’on ne retrouve pas toujours en France. L’idée ? Vous lancer dans le bain pour voir si vous savez nager. Et si vous buvez la tasse, et bien, ce n’est pas la fin du monde ! C’est juste une leçon parmi d’autres, comme le relate Dany :
“Je n’avais jamais fait de cold calls et de business development ? Pas grave, on m’a formé et ensuite j’ai appris au gré des situations (par les meilleures et par les pires) sur le terrain. Je ne parlais pas anglais ? Pas grave, tu apprendras sur le tas. Ce n’est pas que les Britanniques prennent des risques inconsidérés mais ils ont cette approche de calculer les risques et de ne pas chercher à les éviter mais à “essayer, tenter” parce qu’au final “we never know”
Les aléas du quotidien britannique
Mais cette liberté a un coût. L’État-providence au Royaume-Uni est, disons-le franchement, moins généreux que son homologue français. Une vérité qui se traduit par des allocations chômage basses et une assistance minimale en cas de coup dur. Une situation que Dany va malheureusement vivre alors qu’il est licencié économiquement.
“J’avais droit à une allocation chômage de 150 GBP par mois et mes deux semaines de congés non prises….”
Autant dire que si l’on perd son emploi, mieux vaut avoir des économies ou être prêt à accepter un job alimentaire pour survivre.
Une situation qui, selon Dany, pousse les individus à être plus autonomes et à ne compter que sur eux-mêmes ou leurs proches. Une manière de responsabiliser les individus. “Ce modèle est peut-être socialement très dur mais amène la population à être plus responsable.” Une mentalité qui peut surprendre mais qui fait partie intégrante de la culture britannique.
Et après ? Le choix de continuer ou de revenir
Après avoir passé plusieurs années à naviguer entre les coutumes locales et les souvenirs de la culture d’origine, vient le moment de faire un bilan et de décider de la suite.
L’expatriation, c’est une expérience d’introspection. Vivre dans un autre pays permet de découvrir des facettes de soi-même que l’on ignorait.
“Je me suis découvert plus introverti que je ne le pensais en réalité. J’ai appris à regarder comment les autres font dans des situations X ou Y. Cela a été parfois difficile surtout au début lorsqu’on ne comprend pas qu’une personne s’adresse à nous ou
lorsque certains aspects de notre ‘vie d’avant’ nous manquent” confie-t-il.
L’heure de se poser la question d’un retour en France ? “Aujourd’hui, je ne sais pas si je vais rester au Royaume-Uni… j’ai des envies de retour” conclut-il.
Rester ou rentrer ? La question se pose différemment pour chacun. Pour Dany, cela signifie peser les avantages d’une vie relativement stable au Royaume-Uni contre les attaches en France.
Une réflexion sur le long terme qui, comme l’ensemble de son expérience, est marquée par une prise de conscience : quoi qu’il arrive, l’important est de se rappeler qu’on a le pouvoir de façonner son propre destin.
Les conseils de Dany pour réussir l’aventure :
1) Préparer son départ bien en amont
Vivre une expatriation, c’est quitter (et donc vider) son appartement, organiser des procurations…
2) Rejoindre des groupes sociaux
Dans le cadre des recherches d’emplois et de logement, en amont ou sur place, il faut avoir le réflexe de rejoindre des groupes d’expatriés sur les réseaux sociaux (Facebook, Reddit) pour obtenir des informations, voir comme “cela marche” dans le pays d’accueil, recevoir des conseils..
3) Prendre certaines habitudes de vie
Courir, savourer une bière au pub le vendredi soir, sortir avec des collègues
4) Faire le point
Identifier ses priorités sur le court/moyen/long terme, mais également ses perspectives, en prenant en compte prendre en compte ses sentiments et ses envies.
Pour aller plus loin :
Préparer son expatriation avec Frenchfounders
L’impact du télétravail sur l’expatriation